L'avenir d'une Gardienne, le passé d'une entité...


Je fuis, mon cœur bat à vive allure.
Son ombre se reflète dans le lac.
Elle me suit.

Je cours, ne sachant où aller. N’osant même pas imaginer de quel façon elle a pu s’échapper.

Les branches d’arbres fouettent mon visage, les ronces m’égratignent, je trébuche mais continue ma route malgré tout.
Jetant un regard derrière moi, plus elle avance et plus les arbres meurent autour d’elle, ne laissant que la mort de la sécheresse. Affolée, je dois fuir, mais rien ne m’y permet. Je trébuche à nouveau, cette fois-ci me faisant tomber au sol, je me retourne, les yeux fouillant la végétation à sa recherche. Mais en vain. Je pousse un soupir de soulagement, mais quelque chose n’allait pas. Aucun vent, ni même un bruit. Comme si elle avait disparu, ayant ainsi cessé sa traque.

D’un coup, les arbres devant moi craquent, meurent et disparaissent pour laisser place à un tas de poussière morte. Elle est là! Devant moi. Ses yeux de couleur nuit ne me quittent pas, dans un sifflement strident, elle tend une main vers moi, me bloquant la respiration, je porte mes mains à ma gorge, fixant cette chose. Mes pieds quittent le sol, elle semble sourire, inclinant la tête sur le côté, la créature referme doucement la main. Je sens ma cage thoracique se rétracter et céder sous la force, mes os craquent, je ne sens plus aucun de mes membres, mais cette chose me fixe toujours, semblant satisfaite de ses actes. Je ne pouvais imaginer qu’elle fût capable de cela, malgré tous les dires et les écrits à son sujet. La douleur est telle que le craquement de mon corps manifeste une similitude avec une branche d’arbre qui se briserait sous l’effet d’un poids. Du sang coule de mes narines et de ma bouche par à-coups, chaque craquement fait jaillir hors de moi de grandes quantités de sang. Me voyant impuissante. L’entité lâche prise, me laissant tomber au sol lourdement. Je lève une main faible et tremblante, la regardant doucement, couverte de sang. Je sens la vie me quitter, je vois flou, le sombre s’installe, d’un coup, le noir profond.

J’ouvre faiblement les yeux, les dernières gouttes de vie qui m’habitent me quittent elles aussi peu à peu. L’entité se retourne calmement, me fixant étrangement, elle pousse un sifflement relativement doux, mon corps quitte à nouveau le sol, mes os bougent encore, cela ne lui a-t-il pas suffit? Je ferme les yeux, attendant patiemment que mon heure vienne. D’un coup, elle me laisse tomber au sol.

La douleur a disparu, je contemple mes mains ensanglantées, touchant mon thorax à la recherche de traces, mais en vain. Regardant l’entité qui me fixe, je comprends alors qu’elle m’a sauvée. Mais pourquoi? Je représente une infériorité face à elle. Mais la créature a pris soin de me soigner. Perdue au milieu de mes songes, une migraine me saisit me faisant tomber à genoux, je me tiens la tête, hurlant la douleur. L’entité me fixe alors comme étonnée, un bourdonnement résonne dans ma tête, elle y est entrée. Elle fouille, chaque parcelle de mon esprit, elle cherche, je ne sais quoi. Elle prend un malin plaisir à me voir souffrir, toute existence quelle qu’elle soit possédant un tant soit peu d’humanité ne ferrait pas ça. L’entité détourne le regard après quelques instants. La douleur s’estompe peu à peu. Mon regard perdu se pose sur elle, celle-ci m’indique des roches gravées étrangement. Docilement, je m’en approche, exécutant ses ordres comme un féal.

Les pierres sont ornées d’écritures anciennes, de serments et autres emprisonnements visant à calmer la colère d’Iss. Iss est une entité, provenant de la Dimension opaque, rares sont ceux qui connaissent ses moyens de destruction car rares sont les êtres qui en ressortent vivants. L’écriture des anciens expliquait tout, depuis la fondation des Dimensions, jusqu’à l’enfermement d’Iss. Considérée trop dangereuse, des Anciens Prêtres prirent la décision de mettre fin au règne de l’entité, l’emprisonnant à l’aide de formules et serments récités à l’envers. Par la suite, les serments ont été scindés en deux parties. Une étant restée dans les Catacombes et une autre envoyée dans une Dimension inférieure. Confi
ants en leur travail, les Anciens ne laissèrent aucune surveillance, hormis un Gardien. Une personne n’ayant jamais commis de fautes, un esprit pur et sain.

Cela n'était autre que moi.

Itchek Niha, Gardienne de l'entité Iss appelée le Tourmenteur. L'entité avait pris possession de mon être, me soumettant à elle par d'obscurs moyens. Les Anciens avaient faillit à leur tache. Iss n'était peut-être pas libre, mais si elle parvenait à ses fins, les Mondes Inférieurs seraient détruits.





Le commencement de ma fin ...


Des toussotements, des pleurs, des cris, des peurs. Le village de Ellionu sanglote. Du sang recouvre le sol, des objets en tous genres arpentent la paille verdâtre. Une odeur de sang pourri flotte dans l’air. Le vent souffle légèrement comme affaibli.
Je me dirige vers une grange en vieux bois, abîmée par le temps et rongée par les insectes. La porte est entrouverte et bat de temps à autre, les bourrasques de vent s’engouffrent dans la grange, faisant ainsi appel d’air, claquant les portes violemment. Mes mains se posent sur les fortifications en ferraille rouillée, elles exercent une faible pression sur la porte, celle-ci s’ouvre alors dans un grincement rauque.

A l’intérieur, l’obscurité et le calme.

Des plumes s’envolent paisiblement, la paille est chassée au gré de mes pas. Une forte odeur parvient jusqu’à mes narines. Celle de la chair en putréfaction. De nombreuses volailles recouvrent le sol, inanimées, le bec ouvert, les yeux totalement blancs, mortes. La mort règne. Au fil de ma progression dans la grange, des bovins jonchent le sol, tout comme les volailles, ils présentent les mêmes symptômes. Inertes, sans vie. Plus loin se trouve une botte de paille, légèrement rougie par endroits, des traces de mains semblant perdues ont glissé derrière la botte. Mes pas se font plus calmes et posés. J’approche sans aucune hâte. M’appuyant sur la paille, je me penche légèrement en avant.

Un corps humain est étendu sur le sol, recroquevillé sur lui-même. Des tissus déchirés recouvrent quelques morceaux de sa peau, décharnée, certains organes au jour, d’énormes entailles et balafres recouvrant son corps. Sa peau, bleuie à plusieurs endroits est meurtrie par de violents coups apparemment. Il tousse brutalement, crachant du sang, ses yeux blancs fouillent l’obscurité, apeurés. Il ne semble pas avoir senti ma présence. Il suffoque, des spasmes s’emparent de lui, son corps entier tremble et lutte. Pauvre créature. Une main tremblante se dresse, agonisant, il semble vouloir me dire quelque chose. Je pose ainsi une main sur son visage, fermant ses yeux, mon autre main sur sa poitrine. Je murmure:

« Shhuk sok-thio. »

Ses spasmes cessent. Je
me relève calmement, soupirant à la vue de ce malheureux. Le décor est tapissé de morts. Leurs expressions reflètent la peur et l’atrocité, tant de vies mises à terme pour une colère, pour une preuve. Nul être doté d’un minimum d’humanité en serait capable.

Quelqu’un court vers moi, ses pas se font pressés.

« Itchek!!! »

Je ferme les yeux un court instant puis je me retourne vers cette personne, une larme coulant le long de ma joue.

« Oui? »

L’homme s’arrête à quelques mètres de moi, il pose un regard inquiet sur ma personne. Ses lèvres s’entrouvrent. Il s’approche de moi, l’air triste et désolé, me prenant dans ses bras en me serrant contre lui. Une main sur mes cheveux.

« Itchek … Que s’est-il passé? »

Il éloigne doucement son visage de moi, ses yeux dans les miens, cherchant une mince réponse à sa question. Faiblement:

« Elle est encore passée. Elle ne s’arrêtera donc jamais? Toutes ces vies … Qui … Touchent à leurs fins. Tant de haine. Trop de haine. Le cauchemar … Nous devons l’arrêter. »

Il ne sait quoi me répondre, il se contente d’un sourire puis d’un hochement de tête. Il saisit sans empressement ma main, son regard figé sur la forêt. Ses sourcils se froncent, un sceptre à la main, il fait quelques pas en avant, puis il se retourne vers moi.

« Itchek. Tu es prête maintenant … »
Mon regard se perd dans le sien, je ne sais si je comprends exactement là où il veut en venir. Sa main caresse ma joue, il me relève la tête, un sourire réconfortant sur ses lèvres. Il reprend:

« L’élève a dépassé le Maître. Vis en Gardien libre. Sauve-toi maintenant. »

Luhok se retourne, me tournant le dos, serrant son sceptre à deux mains. Inquiète, je refuse catégoriquement, lui expliquant qu’il est bien plus qu’un Maître à mes yeux, mais aussi un ami. Il me pousse d’un coup en arrière, haussant la voix en insistant pour que je parte. Les larmes aux yeux, j’exécute les ordres de mon Maître. Celui-ci m’a formée, m’apprenant à utiliser les forces de la nature, à faire et répandre le bien.

Complètement perdue et livrée à moi-même, je cours je ne sais où, mais je fuis. Comme me l’a ordonné Luhok. Trébuchant violemment, je tombe lourdement au sol, les sanglots me rattrapent. Après m’être relevée, je me retourne en direction de Luhok, un cri raisonne puis le silence. Essoufflée, ne pouvant me résoudre à laisser un ami je retourne sur les lieux où j’avais laissé mon Maître. Son corps est étendu sur le sol, son bras gauche ainsi que son sceptre ont disparu, ne bougeant plus, je m’approche de lui affolée. Des lambeaux de chair pendent de tout son corps, laissant les nerfs à vif. Comme toutes les victimes, ses yeux sont devenus blancs, sa peau semble brûler à de nombreux endroits et de nombreuses plaies le recouvrent. Il porte les mêmes séquelles que toutes les autres victimes du Tourmenteur. La peur et la tristesse s’emparent de moi, anéantie par la mort de mon mentor, mon être semble ne plus vouloir se battre, comme emporté par le courant, celui-ci refuse de réaliser. Mes mains sont à présent rougies par le sang de Luhok, un sang pur et lavé de tout crime, mélangé à mes larmes.

Les lunes passent, mon chagrin s’intensifie de plus en plus, l’espoir me manque. Mon regard est posé sur mes mains enroulant un morceau de ma robe de soie, un regard perdu. Je lève les yeux et j’observe la clairière, un soupir m’échappe puis je me retourne, me dirigeant vers un cercle d’arbres. Des druides y sont réunis, tous m’attendent. Leurs regards se dirigent vers moi, une timidité s’empare de mon être mais j’avance calmement au centre du cercle puis je m’y agenouille. Là, les Anciens m’entourent, leurs bras levés vers le ciel, leurs visages souriants et heureux. Et moi, confiante en la magie des druides mais tout aussi inquiète de ce qui va se passer. Un torrent de feuilles nous entoure, les chants des oiseaux raisonnent, les couleurs de la forêt se reflètent dans mes yeux, de doux sons me transportent, les yeux fermés, je ne me soucie du reste, la douleur de la perte de mon ami s’estompe, le mal en moi semble se purger et le doute se dissiper. Mon destin est à présent scellé. Mon seul et unique but est de traquer et enfermer une Entité. Répandre le bien où que j’aille, quoi que je fasse. Mon touché transformera la mort en vie, la douleur en bienfait et la tristesse en joie.

Les feuilles tombent doucement, elles volent autour de moi, des papillons colorés se mêlent à cette danse féerique, une douce brise s’abat sur nous. Les Anciens baissent paisiblement leurs bras, l‘un d’entre eux s’approche de moi.

« - Itchek Niha, vous venez de recevoir le statut de Gardienne. Bienvenue parmi nous. Que la paix vous habite.»

Un sourire réconfortant se dessine de mes lèvres, soulagée et heureuse que l’enseignement de mon Mentor n'ai été pas sans fruits. J’ai obtenu le statut de Gardienne, une des places les plus difficiles à saisir, mon rêve se réalise enfin. Mes visions de paix dans l’avenir pourront enfin se réaliser…




Le sentiment d'être humaine ...


Plus les jours passent et plus la peur s'installe. Chaque jour, chaque nuit, à chaque instant, la mélancolie me gagne, le spleen coule en moi, à la recherche d'une parcelle miraculée de mon être... Le vide, le noir, profond et glacial, la sombre et douce symphonie de l’eau claire s’écoulant calmement sur les roches recouvertes de mousse fraîche et colorée. La vie... Le commencement de chaque être, l'aboutissement d'une ignorance et la création d'une chose, pure ou mauvaise, chaude ou froide... La vie, douce et reposante note, fleur qui se fane un peu plus à chaque aube... Un souffle si relaxant sur une peau, des arbres colorés et fleuris, au rythme des crépuscules, une ascension de douceur, de calme et de sérénité... Quelques lueurs dans des yeux écarquillés d‘où découle un bleu perçant toute damnation, un sourire sur un visage innocent, si délicat tel un pétale de rose éphémère, glissant songeusement sur un corps empli de courbes généreuses et chaudes. Le toucher d’une fleur de coton, douce, humide et timide et son doux parfum, s’insinuant avec grâce en un être, réconforté et féal de toute sensation l’entourant.
Le décès de mon mentor se fait ressentir de plus en plus. Le manque, le vide, la haine pour un être dénué de toute sensation et la tristesse pour un père de substitution. Les prêtres repartent, peu à peu, la clairière se vide.
Seule.
Le corps tremblant, mes mains incapables de quoi que ce soit, mon cœur s’emballe et ma respiration se fait saccadée. Agenouillée devant un chêne, une douleur impalpable s’empare de mon être, elle arpente les couloirs étroits et froids de mon subconscient. Un cœur si frêle et sensible, une âme si endommagée pour un destin sans fin.
Luhok reste dans ma tête, son corps allongé sur le sol, son sang sur mes mains. Chaque jour je les contemple, souillées du sang d’un être que je chérissais, une vie luttant pour le bien, si rare en ce monde…
Les idées se bousculent, chacune d’entre elles dessinent en moi l’ombre tant attendue d’une colère désespérée, une rage noire et insouciante.
Tremblante, je me relève, habitée d’un calme sans égal. Je ferme doucement les yeux.

… « - Il est l’heure. » …

Clignant des yeux, j’ausculte le paysage m’entourant. Je pose enfin le pied à terre, tapotant l’échine de ma monture, l’embrassant sur le front en lui faisant signe d’attendre. L’animal hoche doucement la tête, les oreilles couchées en arrière, ses réactions se font perdues et sans raisons. Il se cabre brusquement. Ne comprenant pas sa réaction, je m’approche de lui, la main posée sur son poitrail, son souffle reste fort et affolé. Quelques secondes plus tard, le calme le reprend.
Mes cuissardes crissent à chacun de mes mouvements, mon regard posé sur les alentours, guettant la moindre trace, un espoir… Je m’abaisse, palpant les feuilles mortes sur le sol, inquiète, je sais qu’elle n’est pas loin. Hélas, la peur s’empare de mon corps, la haine coule en moi, mes obligations de gardienne ne me permettent pas de commettre un acte contraire à nos idéaux. Je soupire en me relevant, les mains sur les hanches, le regard scrutant un paysage détruit, des arbres brisés, des souches en feu, des ruines de constructions, un village se trouvait ici. M’aventurant dans les décombres, je réalise l’ampleur de la situation, la colère d’une entité maléfique s’abat sur des innocents. Ma démarche reste prudente, attentive, j’écoute, à la recherche d’un espoir, une forme de vie, un reste, une trace, mais en vain. Seul du sang et des corps inanimés jonchent le sol, le recouvrant tel un tapis fraîchement tissé.
Mes recherches restant vaines, je m’apprête à rebrousser chemin, les yeux fixant le sol, attristée et désespérée. A quelques mètres de là, le sol est marqué d’étranges traces, des piétinements, désordonnés, affolés, je m’approche, m’abaisse et pose la main sur celles-ci. Les traces me mènent plus loin sur un rocher, là y est étalé du sable, fin et clair. Une trace de main se situant au milieu, comme une sorte de signature de façon à reconnaître l’auteur de cet acte. Je ferme calmement les yeux, dirigeant ma main vers le sol. En posant la paume sur le sable, je vis un Affligé vêtu d’un lourde armure très sombre et rougie par du sang séché. Il utilisait une magie étrange, mauvaise et bonne à la fois … Étalant soigneusement une poigné de sable sur la roche, la citadelle de Lihomen se dressait devant lui. Le sable semblait flotter et formait chaque tourelle et chaque bâtiment de la cité. L’Affligé prit une tour de sable entre ses doigts, puis il referma la main dessus. Celle-ci s’effondra de suite. Un sourire mauvais et satisfait aux lèvres, il continuait. Détruisant chaque parcelle de la citadelle ainsi. Tandis que l’Affligé détruisait la cité, les cris raisonnaient, le désespoir la peur et la tristesse se mêlaient au bruits assourdissant de la citadelle qui s’effondrait peu à peu. Je sursaute et sort de ma vision par le choc d’un marteau contre le sol. Tombée en arrière, je regarde un Orc haut de deux mètres se dresser devant moi, il relève son marteau et l’abat sur moi. Je me relève après avoir roulée de côté et évité marteau. Il recommence, avec peine je dresse une fine épée pour contrer le coup, je recule brutalement à chaque assaut porté. Mais il recommence, encore et encore, frappant sur moi, la douleur des coups contrés se fait ressentir dans mes bras, je faiblis un peu plus, il frappe horizontalement, je m’abaisse et évite l‘arme. Les coups sont trop brutaux, je ne peux les éviter, je les subis, les encaissant péniblement. Puis il abat à nouveau son marteau sur moi, je m’effondre brutalement au sol, mon épée en l’air, je contre un coup, le dernier. Mon épée est brisée et mes bras me font atrocement souffrir. Son marteau dévale sur moi puis…
Le noir profond.
Je me vois, droite, en robe de cérémonie, face à un autel nacré, des coupes reposant dessus, ainsi que quelques bougies légèrement entamées. Et derrière moi se tient Luhok. Souriant, son visage finement coloré, coiffé comme en temps de victoire, saint et calme. Il me regarde. Ne disant rien, il se contente de plonger son regard dans mes yeux. Peu à peu son sourire s’efface puis son regard devient dépité, honteux et mécontent. Ses mains se posent alors sur mes épaules puis il murmure:

« - Utilises ce que je t’ai appris. »

Je ne dis rien, fermant doucement les yeux. Lorsque je les rouvre, je suis au sol, face à cet Orc, prêt à abattre son marteau une dernière fois. Je reprends confiance, l’arme de l’Orc se stoppe au dessus de sa tête. Mon corps affaiblit se relève, une aura violacée m’entourant, des débris flottent autour de moi, le temps semble se ralentir et mes gestes se font calmes et doux. Les bras ballants, je les relève vers cette créature, comme si je tentais de soulever une masse énorme. Des vagues flouées suivent les mouvements de mes mains, une haine profonde et intense coule en moi. Les dents serrées, je frappe des mains devant moi, dégageant une forte onde de choc. L’Orc s’écroule quelques mètres plus loin. Mes pieds quittent le sol, mes bras presque à l’horizontale, le regard durci sur l’Orc. Je lève une main, lente et tremblante, toujours cette même sensation de poids. Puis je baisse la main en direction de la créature, ma tête inclinée sur le côté. La foudre descend alors du ciel voilé par la fumé, s’abattant sur l’Orc. Dans un dernier hurlement de douleur, il tombe au sol. Mort.

Je m’abaisse peu à peu, le danger semblant être écarté. Je retrouve le contact avec le sol. Mes yeux posés sur la carcasse calcinée de l’Orc. Ma peau violacée reflète les feux des ruines, mon aura m’entourant toujours, j’avance dans les débris. Tout se chasse sous mes pas, rien ne barre ma route, les yeux figés devant moi. Je stoppe ma course sur une roche surplombant la vallée, d’ici, les armées des Affligés sont visibles, toutes se dirigent vers la cité des Gardiens. Mes frères se battent là-bas, Luhok compte sur moi. Je me redresse doucement, mon aura s’intensifiant. Je lève la tête, fixant le ciel s’assombrissant. Mon aura se noircit peu à peu, les bras eux aussi tournés vers le ciel. Une larme perle le long de ma joue, je murmure :

« - Pardonne moi … »

Quelques sanglots s’emparent de moi, le vide s’installe dans mon être, la peur et la haine nourrissent ma force. Un orage violent éclate, mon visage s’oriente alors vers les armées. J’abaisse les bras comme une sentence, les nuages tournent alors puis embrasent le sol, emportant avec eux les arbres, les construction et les soldats dans un fracas lourd d’armures et de cris mêlés. Ma colère est telle que seule la destruction resterait de ce monde, préférant le voir mort plutôt qu’aux mains des Affligés, armée d’Iss le Tourmenteur. L’entité a causé la perte d’un être qui m’était cher, elle perdrait bien plus à présent.

« - Je te promets Luhok … Je te promets de la retrouver et de la tuer … »

Les larmes aux joues, ne désirant autre chose que la souffrance des Affligés, je fixe le désastre avec un certain contentement. J’avais gagnée cette partie. Sachant qu’Iss ne s’avouerait pas vaincue aussi facilement. Peut-être devrais-je défier les Dieux pour mettre fin au règne du Tourmenteur. Qu’importe, la rage m’anime. Mer de vengeance et lit de douleur.

Une forte lumière m’entoure à présent, les bras devant mon visage, mes yeux souffrant de cette clarté, la lumière s’estompe peu à peu, baissant les bras, j’observe, mon aura a disparue, le décor a changé. La destruction n‘est plus, les cadavres non plus. Le chêne se tient devant moi. Je suis entourée par les Anciens, le plus sage me fixe d’un air mécontent, il s‘approche:

« - Qu’avez-vous fait mon enfant? Les terres de Lihomen ne sont plus. Les Affligés arpentaient ce sol. Mais plus rien ne subsiste. Vous avez sombrée dans la colère mon enfant … Cependant. Grâce à vous, le Tourmenteur a été stoppé. Enfermée dans les Catacombes de la Dimension Opaque… Hélas, nous ne pouvons vous pardonner le malheur que vous avez étendu sur les terres de Lihomen. En échange de votre vie, nous vous confions la garde du Tourmenteur. Restez dans les Catacombes et veillez à ce que personne ne vienne troubler son éternel sommeil … »






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© Itchek Niha.