Une arrivé des plus foudroyante ...


Calmement je marche.
Je pose un pied devant l’autre, regardant l’eau en dessous de moi. Ma démarche est pourtant calme, sereine. Je ne me précipite pas le moins du monde, mais j’avance, doucement, vers Bonbrutetruandhil.
Au loin les côtes apparaissent. Des mouettes volent près de celles-ci. Quant à moi. Je marche toujours. Chaque pas m’emplit de terreur. Les eaux sous moi ne fléchissent pas. Elles supportent aisément mon poids. Une fois de plus, Iss me montre ses prodiges, sa grandeur. Les bateaux voguent autour de moi. Tous se rendent sur ce continent. Une grande guerre se prépare. Diplomatie, ruse et force seront mes seuls atouts. Le vent se lève, j’écarte les bras pour profiter de sa fraîcheur, je ferme les yeux et me laisse guider. Je sais pertinemment que je n’ai droit à l’erreur. Iss n’hésitera pas à sévir si mes actes lui déplaisent. Je sors de mes songes, je commence à voir le fond de l’eau. Je me rapproche de plus en plus, pour enfin poser le pied sur terre.

Là, des hommes m’attendent. Nombreux, droits et armés. Tous me contemplent avec une certaine inquiétude. J’entends les chuchotis et autres dires, les soldats se questionnent.

« - Seuls les Dieux marchent sur l’eau! »

Je me retourne alors vers celui-ci, la respiration difficile, je marque de nombreuses poses dans mes phrases :

« - Ne prononce … plus jamais … une telle insulte !»

Une rage inconnue s’empare de moi, une haine profonde et intense coule en moi, je la sens qui s’approprie chaque parcelle de mon être. Une sensation de chaud me parcourt, des images de destruction apparaissent, le sang coule à flot, les hurlements sont stridents, la peur est omniprésente, le chaos.
D’un geste vif, ma main se dirige vers la nuque du malheureux. Je vois la scène, mais ne peux intervenir, je tiens ce soldat par la gorge, ses mains tentent d’ôter les miennes mais en vain. Ses yeux me supplient de stopper, je ne contrôle plus rien, je sens uniquement mes doigts s’enfoncer dans sa gorge, ses os craquent sous la force puis dans un effort ultime, ses mains cessent et retombent le long de son corps. Mon emprise se relâche, l’homme tombe a terre, inanimé. Il est mort.

C’est alors que des bourrasques de vent se lèvent, violentes et frappantes. Les soldats se protégent comme ils le peuvent, les arbres plient, le sable forme d’étranges silhouettes inquiétantes, de hautes vagues embourbent les bateaux dans le sable. Les eaux se dressent alors autour de nous, le vent a cessé de souffler. Une voix résonne dans ma tête, j’ai repris le contrôle de mon corps, mais mes envies commencent à s’orienter vers la route que m’impose Iss.

Tant de réflexions. Tant de souvenirs qui arpentent les murs glacés de mon esprit. Les Anciens m’ont montré Iss comme une entité dévastatrice mais sa colère et sa haine est quelque part compréhensible. Les êtres vivants tels qu’ils sont, se comportent injustement envers beaucoup. Sortie de mes songes par le vacarme des armures des soldats, je les regarde se protéger de la tempête avec acharnement, ils s’activent comme des fourmis, cherchant désespérément à survivre, alors que leur voie est déjà tracée. Pourquoi se battent-ils s’ils savent que cette bataille sera sûrement leur dernière? L’esprit humain est empli de vices, défauts et autres stupidités. Une inutilité en cache une autre, comme souvent chez les inférieurs.

Je sens Iss s’impatienter, mon corps se crispe, elle s’y immisce sans retenue. Mes bras se lèvent a l’horizontale, elle murmure de faibles paroles. L’entité utilise le langage des Anciens, ses incantations en sont toutes issues. Les nuages noirs s’affolent, le vent souffle plus que jamais, les soldats regardent le ciel inquiets. Ils ne peuvent agir face aux éléments de la nature. Mes pieds quittent le sol progressivement, les incantations résonnent dans ma tête, cela devient insupportable, je saigne à nouveau du nez, mon sang chaud coule sur ma peau froide.

D’un coup, des éclaires descendent du ciel, foudroyant les soldats, sans exception. Ils tombent lourdement au sol, dans un plissement d’armure sourd Tous les corps sont là. Inanimés, brûlés, abîmés, ayant subi la colère du dit Tourmenteur. J’entends Iss qui semble rire, satisfaite d’elle.

Pourquoi a-t-elle mis à mort notre unique armée?

J’incline la tête sur le côté, Iss connaît mes moindres pensés, elle lève les bras doucement de bas en haut, les corps foudroyés et brûlés des soldats se redressent non sans peine. Empoignant leurs armes, Iss a ressuscité chaque soldat. Son plan se dévoile alors. Pour elle, les humains ne sont que de faibles ressources de guerre, en les tuant, elle offre à nos ennemis une armée déjà morte, une armée qui est donc plus résistante et plus efficace.








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© Itchek Niha.